18 % des entreprises françaises utilisent l'IA
L'INSEE a publié le 21 juillet 2026 son enquête sur les technologies de l'information. Le chiffre à retenir : l'adoption de l'IA a triplé en deux ans dans les entreprises françaises. Le chiffre qu'il faut lire de plus près : l'écart entre les petites et les grandes structures ne se réduit pas.
Ce que dit l'enquête
En 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés et plus ont utilisé au moins une technologie d'intelligence artificielle. Elles étaient 10 % en 2024, et 6 % en 2023. Trois fois plus en deux ans.
Cette source mérite d'être distinguée des études d'éditeurs ou de cabinets de conseil qui circulent en permanence. L'enquête sur les technologies de l'information et de la communication est une enquête statistique publique, sur un échantillon représentatif, avec une méthodologie stable d'une année sur l'autre. Quand elle dit que le chiffre a triplé, c'est comparable année après année, ce qui est rarement le cas des sondages promotionnels.
L'écart de taille, et ce qu'il révèle
| Taille de l'entreprise | Part utilisant l'IA en 2025 |
|---|---|
| 10 à 49 salariés | 15 % |
| 50 à 249 salariés | 31 % |
| 250 salariés et plus | 58 % |
Une entreprise de plus de 250 salariés a près de quatre fois plus de chances d'utiliser l'IA qu'une entreprise de 10 à 49 salariés. Cet écart n'a rien d'un mystère, et il ne s'explique pas par le prix des outils : les abonnements aux assistants IA coûtent aujourd'hui quelques dizaines d'euros par mois et par personne.
Ce qui manque aux petites structures, c'est le temps de cadrage. Identifier un cas d'usage qui rapporte, préparer les données nécessaires, former les personnes, mesurer les résultats : ce travail demande des heures que les entreprises de moins de 50 salariés n'ont pas en réserve. Dans une grande entreprise, quelqu'un est payé pour le faire. Dans une PME, le sujet s'ajoute à la charge d'un dirigeant ou d'un responsable qui a déjà une semaine pleine.
Le frein à l'adoption dans les PME n'est plus le prix de l'outil. C'est le temps disponible pour bien poser le problème.
Le chiffre le plus intéressant est ailleurs
Un second indicateur de l'enquête est passé plus inaperçu, et il est pourtant le plus parlant pour un dirigeant de PME.
Les entreprises qui utilisent l'IA représentent désormais 66 % du chiffre d'affaires et 59 % des salariés du champ étudié. Un an plus tôt, ces parts étaient de 49 % et 40 %.
Traduction : même si seulement une entreprise sur six utilise l'IA, ces entreprises-là concentrent les deux tiers de l'activité économique. Ce ne sont pas des acteurs marginaux. Ce sont vos donneurs d'ordre, vos principaux concurrents, et les entreprises avec lesquelles vos clients comparent vos délais de réponse.
C'est ce qui rend la lecture optimiste du chiffre de 18 % trompeuse. On pourrait conclure que l'IA reste minoritaire et qu'il n'y a pas urgence. En volume d'activité, c'est déjà majoritaire.
Utiliser n'est pas piloter
Un travail mené par le cabinet Kéa avec OpinionWay apporte un complément utile à ces chiffres. Les entreprises expérimentent largement, mais elles disposent rarement d'outils de pilotage ou d'un responsable identifié sur le sujet.
Autrement dit, une bonne partie des 18 % correspond à des usages réels mais non gouvernés : des personnes qui se servent d'un assistant IA parce qu'elles l'ont installé elles-mêmes, sans que l'entreprise ait défini ce qui peut y être saisi, où vont les données, ou qui vérifie les résultats produits.
C'est exactement le sujet que nous appelons l'IA de l'ombre, et il progresse aussi vite que l'adoption officielle. Une entreprise peut très bien figurer dans les 18 % sans avoir jamais pris une seule décision sur le sujet.
Ce qu'un dirigeant de PME peut en faire cette semaine
- Savoir où vous vous situez réellement. Poser la question en réunion d'équipe : qui utilise déjà un outil d'IA dans son travail, et pour quoi ? La réponse est presque toujours plus élevée que ce que la direction imagine.
- Choisir un seul processus. Pas une stratégie IA, un processus. Celui qui vous coûte le plus d'heures répétitives chaque semaine. Le mesurer avant, l'automatiser, le mesurer après.
- Écrire deux pages de règles. Quels outils sont autorisés, quelles informations ne doivent jamais y être saisies, qui valide avant qu'un contenu produit par IA parte vers un client. Deux pages suffisent, et elles vous éviteront la majorité des incidents.
Le passage de 6 % à 18 % en deux ans dit une chose simple : la question n'est plus de savoir si vos concurrents s'y mettent. Elle est de savoir si, chez vous, ça se fait avec une décision ou sans.